Travaux d'écriture...
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17 02 2026 Confiture de mots (mots imposés en gras)

Une magnifique voiture rose décapotable, surgit d’un trou percé dans le mur, au fond de l’immense vitrine du magasin Joué Club… In-cro-yable ! j’arrête mes pas, fasciné par ce spectacle inimaginable  ! Au volant un joli lapin blanc salue, agitant une patte d’un mouvement élégant.

Bloqué par ce dernier, un camion de pompiers Lego attire les regards des badauds. Une poupée de jeune pompier est au volant. « Pin-pon » sans fin car bloqué par le lapin... Ce n’est pas cette prétentieuse voiture qui va lui faire diminuer son allure. « Tu vas dégager Jannot lapin ? Au lieu de faire le malin ? on ne va pas rester ici jusqu’à demain ! » L’alerte incendie a dû être impérative, pressé il n’a même pas clipsées ses deux briques en forme de bottes. A travers le toit ouvrant on aperçoit qu’en plus, il ne porte qu’une minuscule chaussette orpheline. Nul doute que sa jumelle doit traîner au fond de la boîte cartonnée qui contenait le gros jouet. Son couvercle arraché elle git en plein milieu du magasin dans lequel semble régner le plus grand laisser-aller.

 On aperçoit même une boîte de riz au lait plastifié sans doute ex petit déjeuner de pompier renversée elle aussi sur le plancher. Pourtant le valeureux soldat du feu va avoir besoin de se dépenser. Sa pile Duracel semble faiblarde. Ses mouvements deviennent plus lents… A la suite de cette parade totalement folle c’est une jolie carriole tirée par un charmant poney lui aussi électrifié. Elle transporte un groupe de poupées Barbies éthérées. Oooooooh ! font les dames de Saint-Médard ! Une de ces beautés est allongée, ses longs cheveux étalés, la tête posée élégamment sur un oreiller artistiquement décoré. Elle doit rêver à son éternel copain le séduisant Ken. Va-t-elle le rejoindre sur une plage remplie de GI Joe bodybuildés ? La foule s’agglutine de plus en plus, les hoooo ! et haaaa ! se multiplient.

L’une des dames, un peu frénétique franchit la double porte automatique et pénètre dans la boutique.

— Messieurs dames, mais que se passe-t-il ! C’est la folie ! On n’y comprend rien tout ça c’est maléfique ! Y-a-t-il quelqu’un qui nous explique ?

Un jeune cadre dans le vent, donc habillé élégamment lui répond tout aussi abruptement.

— Ah c’est bien ça les clients, surtout les clientes d’ailleurs… Je m’échine à trouver des animations originales et bien non ça sert à que dale. Avez-vous vu une telle décoration de vitrine au Leclerc de Saint-Médard ou ailleurs ? Non bien sûr… Et bien vous cherchez la petite bête :  le magasin est mal rangé gna gna gna on aurait dû changer la pile du Lego gna gna gna les poupées sont ensorcelées gna gna gna. Vous savez quoi je vais quitter cet enfer aussi vrai que je me nomme Lucifer. Au Haillan une fabrique de santons vient d’ouvrir. Je vais postuler, un travail religieux pour m’amuser, et et et…pouvoir taquiner. J’ai vu leurs santons, hé hé hé un petit coup de main et eux aussi vont devenir humains ce n’est pas pour rien qu’on me surnomme le malin !


26-03-2026 « Calme-toi Odette, calme-toi » (en début et fin du texte)

Evoquer les personnes chères disparues n’est-ce pas un peu les faire revivre ?

« Calme-toi Odette, calme-toi »… nous pensions tous cela sans oser le lui dire… Comme moi, regardant mamie se préparer à aller au marché de Bergerac… Il faut dire que ce qu’il faut nommer une expédition n’était pas anodin. C’était du très sérieux. Ma grand-mère Odette je l’aimais bien et je n’étais pas le seul. De petite taille, vêtements sombres, un peu courbée, de beaux et grands yeux bleus, qu’elle écarquillait pour marquer ses émotions, ses cheveux blancs restent gravés dans mes souvenirs. Souriante certes mais toujours un peu fébrile, à l’image de sa vie qui, comme pour beaucoup de sa génération, fut loin d’être facile. Ce samedi-là elle portait le poids moral d’une mission de première importance… Mon père, connaissant et respectant ses connaissances dans ce domaine, lui avait confié l’écrasante responsabilité d’aller acheter au marché plusieurs canards en prévision des fêtes familiales de fin d’année.

Il faut également décrire son équipement qui, même pour l’époque, était quand même passablement rétro. Mamie utilisait un chariot à provision certes, mais d’un modèle pour le moins démodé, même pour les années soixante. Il faut imaginer un long parallélipipède d’osier tressé posé sur quatre petites roues métalliques. Le couvercle se fixait grâce à deux sortes de verrous en bois glissant dans des fentes percées dans  l’osier… L’engin était mu via une barre chromée du genre de celle des landaus enfantins.

Donc ce samedi, dès potron-minet mamie, petit manteau sombre, fichu assorti, entrechoque brutalement les roues de son véhicule accompagnateur sur les marches de l’escalier de la vieille maison rue des Coulmiers. Direction le marché à quelques centaines de mètres et pas question de lambiner. Elle pousse vaillamment le rustique charretou et, à petites enjambées déterminées direction le centre ville. En fait moins d’une heure plus tard nous la voyons réapparaître toujours avec le même train d’enfer. Il s’agissait seulement d’un vol de reconnaissance, en rase mottes ou plutôt rase étals. Ces derniers étaient scrutés d’un regard acéré. Elle a ainsi patrouillé autour de la cathédrale... Etude méthodique de palmipèdes hélas impitoyablement occis, notation des prix et descriptif du lieu de vente au crayon à papier sur un carnet écorné.

Mamie revient donc à vide l’air dubitatif. En milieu de matinée elle va repartir de nouveau faire son circuit, étude de l’évolution des cours, repérage éventuel de nouveaux arrivages, les pages du carnet continuent à se remplir. Elle sait qu’en toute fin de matinée, les paysans ne veulent pas rentrer dans leur ferme sans liquidités, un bonus pour marchander…

Midi rue des Coulmiers, le dénouement approche. Mamie se tourne vers-moi : « Serge au lieu de lire tes illustrés tu vas venir avec moi je risque être chargée, j’ai besoin de toi. » Cette fois c’est moi qui pousse l’engin un peu gêné en espérant qu’aucun copain ne me voit… La conclusion est imminente mine de rien elle a un étal dans son collimateur. Comme par hasard elle s’y arrête enfin. L’air un peu dégoûté face à la vendeuse elle observe les canards pourtant repérés depuis longtemps. S’ensuit un marchandage qui mériterait un long descriptif. In fine paiement en comptant méticuleusement la monnaie. Elle me fait un petit clin d’œil, j’ai compris, elle est contente de son achat. Retour encore plus nerveux trottinant derrière mamie Odette j’ai tout de même de la peine à pousser la lourde charge. Attention Serge, c’est pas le moment de tout ficher par terre ! Chere mamie, toujours en 180 volts, tu étais ainsi et je t’aimais beaucoup… Ultime cavalcade dans mes souvenirs « Calme-toi Odette, calme-toi »…


26-02-24
Thème : « à quel moment ça a dérapé ? »
"Les choses de la vie"

Vélo boulot dodo tel était mon crédo en ces temps maintenant pour moi immémoriaux… Matin et soir depuis le Haillan jusqu’à Bordeaux, cours Aristide-Briand, tout était planifié, bien organisé. Mon pijot demi-course sur cette trajectoire bitumée à l’image de mon existence était comme sur des rails. En ces heures de cahos routier c’était moi qui dépassait les autos. Ainsi allait ma vie, quelques dizaines de minutes de vélo avant de retrouver mon bureau, enfin bien au chaud. Sécurité de l’emploi, bonne santé, travail vraiment fait pour moi…

Ce lundi matin à quel moment ça a dérapé ? Circulation fluide donc vitesse plus élevée, j’aurais sans doute dû me méfier. Je venais de doubler plusieurs voitures avançant moins vite que moi, j’avais de l’entraînement malgré mon harnachement… Je me rabats, roule seul sur quelques dizaines de mètres et là un soudain ralentissement… Un choc arrière me surprend bien entendu très violemment. A l’image du film « Les choses de la vie » curieusement la scène se déroule maintenant au ralenti… Décollage tout d’abord en avant, éjecté de mon vélo, lente cabriole vers le ciel, j’ai même l’occasion d’entrevoir le soleil, éclair bleu azur avant de redescendre cogner la planète et ses tourments. Bon c’est peut-être maintenant que tout va se jouer. Mon existence va-t-elle changer voire s’arrêter ? Comme un film rétrospectif qui s’emballe impression de voir défiler une suite fébrile de souvenirs, événements, visages aimés…C’est le moment… maintenant le goudron noir
devant mon visage préfigure un violentissime atterrissage. Mystère des reflexes j’exécute un splendide roulé-boulé, tel qu’on me l’avait enseigné à l’armée, le plus réussi jamais réalisé. Mon dos cogne fortement le sol, ma tête au lieu de claquer violemment échappe à ce tourment presque élégamment. Je me retrouve allongé tout de même assez hébété… Les mains ? OK Quelques mouvements…… ça à l’air de fonctionner, les jambes OK….le dos…..hmmmm ca va aller. En me relevant, face à moi l’avant tout cabossé de l’engin qui m’a « ragagnassé »… Le conducteur nerveux entre deux « ça va, vous n’avez rien » « ça va, vous n’avez rien » me fait face… Du menton je désigne l’avant de sa Renault 5 : « C’est moi ?... J’ai fait ça? » Il opine tristement. Nous réalisons à quel point tout de même cela a tapé violemment… J’essaie de comprendre pourquoi je n’ai rien, même pas mal… Je me retourne et alors découvre de l’autre côté le méli-mélo de tubes tordus de mon pauvre vélo. Ce n’est que de la petite mécanique certes mais elle a vaillamment fait levier, bloqué la Renault et évité de gros bobos… Discussion avec quelques témoins affables, préambule du constat amiable. Mon « heurteur » au lieu de reculer son auto, comme dans le film de Sautet, replie en douce la grande carte de Bordeaux déployée sur sa place passager…… Explication trop révélatrice du pourquoi il n’a pu m’éviter..

Ce fut ainsi, ce n’était pas mon jour…quoique…

Réflexion récurrente sur notre destin qui, ainsi, à tout moment peut déraper. Mon vélo qui m’a protégé, les bienfaits de l’armée dont jusque-là je faisais plus que douter, se sont associés pour que le film de ma vie puisse perdurer….. contrairement au scénario du si bien nommé Claude Sauté… auquel j’ai bien pensé avant de m’envoler…



26-03-03 vous n'aurez qu'à dire que vous venez de ma part !

Mots imposés joie, pétunia, wagon, lagon, espoir, amitié, soleil, audace

Ah le bon vieux piston compensant le manque d’audace ! J’ai l’espoir d’être embauché dans l’imprimerie « Soleil graphique » à Bordeaux… « Vous n’aurez qu’à dire que vous venez de ma part » c’est que m’avait conseillé un copain de mon père, qui exportait des wagons de bouteilles de vin. Ses millions d’imprimés en faisaient un client apprécié… Une amitié paternelle précieuse, car porteuse d’espoir.

Ce matin-là je chemine rue de la Gueille de bonde. Le grand bâtiment un peu bas, égayé par un massif de pétunias me fait soudain face. C’est là que mon avenir va peut-être se mettre en place.

Après une courte attente dans un bureau surmonté par un tableau représentant un lagon bleu je suis reçu par une jeune dirigeante à ma grande surprise très séduisante. Elle est assise derrière un joli bureau dont le fond est opportunément ajouré. Du coup je dois faire un effort pour éviter que mon regard ne flambe vers deux belles jambes. Elle me lance un beau sourire en m’invitant à m’asseoir. La jeune DRH étudie mon cv tendu par une main un peu tremblante. Elle semble amusée par mon trouble.

— Mmmh monsieur euh… ah oui… monsieur Gontran Gutenberg. Un nom à consonance allemande non ? Vu son essor lors de la dernière guerre mondiale notre entreprise n’a rien contre l’Allemagne… bien au contraire… Bon… euh… votre vécu professionnel semble correspondre à nos besoins… Vu votre expérience nous n’aurons pas besoin de vous prendre en main… quoique…. Vous vous doutez que nous ne recherchons surtout pas un de ces lézards graphiques et ce n’est pas un jeu de mots, qui polluent notre profession.

— Madame je peux vous offrir bien plus que vous pensez, bredouillais-je en lorgnant son décolleté … Ce travail pour moi c’est vraiment une passion, en plus de ma créativité… je suis très habile de mes mains… Le regard de mon interlocutrice passe de l’ironie à quelque chose d’assez troublant, limite perturbant.

— Bon, je vous appelle Gontran ? Vous voulez bien ? Je pense que nous allons avoir besoin de vos services dit-elle croisant les jambes un peu plus haut… Je me répète mais dans l’imprimerie en ce moment, avec la limitation des exportations à cause de ce maudit Ronald Crump ce n’est pas vraiment la joie. Si je vous embauche j’attends de vous d’être très performant… voire entreprenant... Une période d’essai vous attend j’espère que vous me satisferez euh enfin surtout nous…  et je vous souhaite donc la bienvenue dans la société Soleil graphique.

Passées les formalités restantes que je préfère ne pas trop expliciter… je quitte mon interlocutrice du soleil plein les yeux mais… assez fatigué.

Le soir je me rends bien entendu chez l’ami de mon père pour le remercier même si je n’ai pas eu besoin d’utiliser son soutien.

— Ah Gontran, votre rendez-vous c’était aujourd’hui ? Je suis vraiment désolé mais je n’ai pas encore contacté Soleil graphique... Mais finalement j’ai appris que vous vous êtes introduit assez efficacement.

— Monsieur Berlon-gathé je vous remercie tout de même car l’idée de votre soutien m’a rendu très fort pour ce qui fut tout de même une épreuve. Même en me présentant j’ai dû déjà être très très performant.


17 03 2026 : acrostiche avec son prénom + rimes parlant de soi

Si j’osais, j’écrirais, j’essaierai d’intéresser à défaut, au moins d’amuser

Et surtout je m’aventurerais vers des univers prétendument décalés

Raturages évolutifs, écoute ping-pong, opportun concept pour avancer

Gaussons-nous ensemble des griffes émoussées du cyber chat Gépété

Expression synchronisée, depuis la Sablière osons tous nous envoler

Gardons raison et écoutons tous un incontournable message,

Oublions nos soucis, merci Lolita pour ton subtil massage,

Ne rions pas, il s’agit de santé, la Sécu devrait rembourser,

Tout bien pesé une fois bien en main elle vous fera vibrer

Rejetez vos remarques déplacées, il vous faut enfin évoluer

Acceptez le laisser faire, de votre corps Lolita peaufine l’usage

N’oubliez surtout pas quelque billet à glisser dans son corsage

Selon son humeur faire au moins de l’humour

Ecouter le bruit du silence, écrire sur du velours

Rechercher soudain des ciseaux pour faire plus court

Gérer enfin ses pulsions pour ne pas être trop lourd

Etre soi-même ça craint, que faire ?  help au secours !

Solitaire c’est un plaisir… mais est-ce vraiment mon délire ?

Exister au travers de regards… ne doit rien laisser au hasard

Rire voire juste sourire…cela peut finir par étourdir

Gageons que j’ai raison… c’est bien plus gai qu’une oraison

Et pour les histoire de lit… pas besoin d’être érudit

Sergio le mégalo qui veut souvent jouer au rigolo

Etre ou ne pas être, oui ou non ouvrir cette fenêtre

Rage contenue, ne plus faire de bévue, un peu de tenue

Gargarisme de situations exacerbées ça risque de dérouter

Envoie leur du lourd sans retour et surtout sans détour

(chansons détournées)

Si t’as été à Tahiti t’as pas pu y aller en bateau

Ecoute dans le vent écoute la réponse tirée au cordeau

Reviens je t’aime tu ne peux pas me laisser au bord de l’eau

Gaby oh Gaby un footing au milieu des algues et des coreaux

Emmene-moi jusqu’au bout de la terre illico presto