Travaux d'écriture...
6.—
Textes nostalgiques


Thème "Si tu rentres dans le moule
t'es cuit"

Bergerac, mai 1968… tendre ironie, nostalgie
de la jeunesse, sa fougue…

Année 68, errance dans les rues,

Cris et fureur, ados en pleine mue.

Ils écoutaient pousser leurs cheveux longs,

Avec une pensée pour les Viêt-Cong…

Alerte, une grève EDF impromptue,

Zut ! partie de Flipper interrompue,

Faire avec, c’est dur la révolution,

De toutes façons, ils n’avaient plus de pognon

Les vieux les appréhendent avec résignation,

Adieu définitif aux demandes d’autorisations…

Tous en communion dans la manifestation,

Irrésistible conjonction, dans la contestation,

Notables avachis, terrasse de café,

Avec parti-pris ils seront tous hués

Regards obliques vers les rares minettes,

Ils aimeraient bien leur conter fleurette,

Mais non, l’heure n’est pas aux bluettes

C’est pas le moment oublions notre…….qué…
...euh non plutôt soif de conquêtes

Nuits de fureur, castagne dans les rues de Paris,

Faute de mieux écouter le transistor dans son lit

Ville de garnison, convois de police, grand chambardement

CRS en permission, couverts de pansements,

à cette vision tous sourient ironiquement,

La rue est à eux, c’est un grand moment

Retour à l’ordre, après ce séditieux désordre,

C’est donc décidé, fini l’obéissance aux ordres,

Tous ensemble ils poussent un dernier cri

Si tu rentres dans le moule, t’es cuit !







Thème : Quel cirque !

Bergerac ; années soixante…

Ce texte n'étant pas particulièrement humoristique dans le cadre du concours « En bref /les arts moqueurs» j'avais décidé de le réaliser malgré tout. Je voulais illustrer ce thème avec ces souvenirs pour moi émouvants tirés de mon enfance

Chance, « ils » arrivent un jeudi, je vais pouvoir en profiter toute la journée. Tôt levé, petit déjeuner expédié, je me précipite vers le foirail, tout près de notre maison… Les devoirs ? On verra plus tard, j’ai mieux à faire. Pourtant la place est déserte, je commence à m’impatienter, sautillant sur place, il ne fait pas chaud…

Soudain un éclair lumineux au fond de la rue Bourbarraud ! Un énorme camion Bernard, rouge et jaune avance lentement vers le foirail, « les voilà, c’est eux ». Grondements de moteurs, une interminable colonne de gros camions envahit le quartier. « Pinder » le mot magique explose en grosses lettres partout sur les véhicules. Un long convoi parmi d’autres passe près de moi, il contient des couchettes de monteurs du cirque. Un homme s’approche et donne de grands coups de poings sur la tôle des carrosseries au fur et à mesure de leur progression. Façon plus que cavalière de dire aux passagers « au boulot, réveillez-vous ! ».

Une délectable animation envahit le foirail. sifflements de freins à air comprimé, grondements de moteurs et surtout délicieux nuages de gaz d’échappement, barrissements, feulement, hennissements, cris. Je ne perds pas une miette de ce spectacle dont j’ai toujours été friand. Quelle chance d’habiter juste à côté. Petit à petit le cirque prend tournure le gros groupe électrogène va démarrer, les mats de lever. « Ho hisse » les monteurs déroulent péniblement les énormes rouleaux de toile du chapiteau. « Ping ping » les lourdes masses enfoncent les piquets. Ces gros camions américains, vestiges de la dernière guerre me fascinent. J’observe leurs manœuvres compliquées avec attention. Pour moi, être monteur du cirque Pinder était le summum de la réussite sociale !

Ainsi passe la matinée, au moment d’aller manger trois « circassiens » me font signe :

—  Petit, tu sais où il y a une boulangerie dans le coin ? En plus ils parlent avec un accent étranger, irrésistible parfum d’aventure…

—  Oui monsieur il y en a une pas trop loin

—  On est crevés tu peux aller nous chercher deux gros pains ? Je crois qu’il y a assez, dit-il en me donnant des pièces de monnaie.

Je bredouille d’émotion… Je n’aurais pas été plus ému si le Général de Gaulle m’avait demandé le même service !

Plus tard nouvelle émotion, arrivant donc en retard à la maison, une grosse caravane est garée juste en face ! Par manque de place nombre de véhicules s’étaient garés à proximité. Mon père déroule une grosse bobine de fil électrique vers le véhicule. Ils avaient de la chance il était électricien et en plus donc le « courant » gratis… Du coup on peut discuter avec ce couple de « circassiens ». Ils nous racontent leur existence, on s’en doute je n’en perds pas une miette.

Lorsque la nuit vient les flon-flons retentissent, la bonne société bergeracoise arrive dans ses belles voitures. Lampes, gros projecteurs éclairant même le ciel ! Hélas pas question pour moi d’aller au spectacle une veille d’école, mon institutrice de mère était intransigeante. La musique se fait plus forte, la voix de Roger Lanzac retentit. Claquements de fouets, applaudissement, hennissements me bercent dans mon petit lit. Notre chien, planqué au fond de sa niche est terrifié par les bruits de fauves ! Il n’en est pas sorti de la journée. Boucan intense toute la nuit je finis malgré tout par m’endormir, la journée a été chargée.

Le lendemain matin je découvre le fil électrique tristement débranché étiré sur le sol devant la maison. « Ils auraient au moins pu nous offrir une poche de bonbons, ils en avaient plein dans leur camion »… Mon cartable à la main je traverse lentement le foirail vers mon école. Plus un seul véhicule… Un gros rond de sciure matérialise l’emplacement de la scène. C’est là que tout s’est passé…

Plus tard comme à chaque passage de cirque mon père est allé récupérer le crottin des chevaux et autres éléphants. Je le suis tristement.

— C’est très bon pour nos plantes. C’est du luxe du crottin d’éléphant, tu ne trouves pas Serge ? Ne sois pas triste, Bouglione va passer bientôt. Tout de même Pinder c’était impressionnant, quel bazar, quel cirque !

Thème "On n’est pas bien là ?"

Le long fourgon tub Citroën de Michel était vraiment bien pratique.
Tous s’installaient à l’arrière, protégés par la carrosserie rustique.

Ils pouvaient s’équiper à l’abri du froid, de la pluie et du vent.
Le matos en vrac devant eux, pour tout trouver il fallait être patient.

Mais il faut sortir. Les « Calbombes à acéto » (lampes à acétylène) sont allumées, ils suivent le chemin en file indienne.
Il faut imaginer cette suite de lumières dans le noir opaque d’une forêt dordognaise, presque amazonienne.

Quelle est cette étrange secte ? Heureusement personne à proximité. Ils auraient encore inventé des histoires de revenants !
« C’est là, elle est ici », voici le vrai début de leurs aventures. Un minuscule trou à rats, en plus, n’oublions pas, pluie, froid et vent.

Il faut s’enfiler tout d’abord dans un étroit orifice, curieuse petite boîte à malice en pierre, offerte par la nature, au fond d’une doline obscure,
Il faut retirer maints détritus entassés là… Ils avaient déjà connu ça
cette fois-ci pas de dépouille de chien dans la cavité insécure,

Ouuuf ! ça passe, on aurait pu en douter, c’est tellement étroit que ça bloque la respiration. Visage contre terre, face souillée, lente reptation,

La salopette vite maculée pour une bonne progression. Ne pas montrer sa peur aux autres, surtout pas quelle que soit la situation,

Odeur de carbure d’acétylène « réglez vos pointeaux m…. on peut plus respirer »… « Clang » « Clong » maudite lampe qui s’accroche sur les aspérités de roche.
Elle les bloque par intermittence en retenant les baudriers « gargll » très brutale approche,

Parois suintantes. des traces au dessus, parfois la galerie est remplie d’eau jusqu’en haut…
Bon… ils ont quand même bien regardé la météo, sage précaution, penser à autre chose... pour l’instant pas d’eau.

Derrière eux trois filles du collège Maine de Biran les suivent pour la première fois, sans trop se plaindre.
Passionnées de minéralogie, elles sont loin de leur déplaire.

En tout cas elles ne sont pas « clostro ». Ils avancent, soudain un frôlement, une minuscule musaraigne, affolée, passe sur certains et trouble leur torpeur.
Ils se taisent, pas beaucoup de temps à attendre « ça y est, elle arrive sur les filles »
« Ohhh ahhhh mais qu’est-ce que c’est que cette horreur ! »

Une suite de cris matérialise alors la progression du minuscule rongeur le long de leur petit groupe, rires étouffés des machistes.
Le ramping dure encore, Parfois impression de rester coincé là, que personne ne pourrait venir les sortir de leur cercueil de schiste.

Là en plus cela descend, la tête vers le bas, une chatière nouveau tracas. Impitoyable étroiture qui descend rapidement,
Impression de « rebirth » en « accouchant » de ce tunnel étroit, nouvelle naissance, curieux moment assez surprenant.

Et puis soudain, un peu plus bas, devant eux, la lumière des lampes frontales commence à dévoiler un très grand espace.
Une salle, enfin, suprême espoir. Après le confinement une impression d’immensité. ils imaginent être les premiers dans la place,

Ils rêvaient tous de faire « du vierge » comme ils disaient. Se tenir debout, même courbé, est devenu urgent,
Pourtant la cavité n’offre que la capacité d’un petit appartement. Tête la première il faut se laisser tomber en avant.

Les lumières conjuguées de leurs lampes éclairent magnifiquement une somptueuse forêt de concressions, stalagmites, stalactites, mais surtout excentriques,
Curieuses raretés ultra luisantes, fantaisies de la nature, de l’eau et d’un courant d’air bénéfique…

Autant d’obstacles qu’il leur faut contourner, surtout laisser tout cela intact, c’est trop beau…
Sans un mot ils s’assoient tous précautionneusement au milieu de la salle, dos à dos,
Un groupe compact, sorte de tribu primitive, sales comme sortis d’un égoût.
Une fille machinalement tripote une mèche de ses longs cheveux englués de boue.

Une main disparaît dans une poche. « Flaoutch » le paquet de Gauloises est devenu une vraie éponge mouillée, quelle humidité !
Geste réflexe du fumeur, de toutes façons pas question de cloper ici, ne pas gâcher cette précieuse intimité.

Ils regardent avidement … en plus ça va continuer plus loin… Un long silence…
Michel, tapote doucement sur une épaule, son regard est intense.

Pierre se retourne, Michel fait un large mouvement du bras :
« On n’est pas bien là » ?